Les élèves de la classe Denise, classe de l’EPP Lazaret, accompagné de Madame Irene (Association Sameva) et de Gold (enseignant)
(De gauche à droite en arrière-plan : Fregilto, Romina, Soafara, Housseni, Vanina, De gauche à droite au premier plan : Jaia, Jacquelin, et Faustino)
La Classe de l’EPP Pasteur

Classes intégrées pour les enfants en situation de handicap (EPP)

 

Le ministère de l’Éducation Nationale déplore que nombre d’enfants handicapés sont exclus des écoles de par la marginalisation, par la population malgache, des enfants et également des adultes souffrant d’un handicap. L’absence de structure spécialisée dans la ville, l’insuffisance financière, l’éloignement de l’école, le manque de matériel et fourniture, les tabous liés au handicap dans la culture malgache sont également les raisons de cette situation.

Pour répondre à ce constat, Maison de Sagesse a développé depuis 2008 le programme de « Classes adaptées ».

Le projet EPP d’Antsiranana n’a pas pour vocation première de prendre en charge médicalement le handicap spécifique de chaque enfant. Il vise à réduire progressivement l’exclusion sociale dont les enfants handicapés de Diégo-Suarez sont victimes : sortir l’enfant et sa famille de leur isolement, lui permettre d’acquérir des compétences sociales et intellectuelles, lui donner accès à un suivi médical de base. Avant d’être des enfants en situation de handicap ce sont avant tout des enfants comme les autres…

En 10 ans, ce sont trois classes adaptées qui ont pu être ouvertes : EPP Scama, EPP Avenue Pasteur et EPP Lazaret. Après avoir rendue autonome l’EPP Scama, Maison de Sagesse poursuit ses actions au sein de 2 classes adaptées. L’insertion des classes dans des écoles publiques a permis la mise en place d’activités d’éveil et de stimulations motrices et intellectuelles, un suivi médical et social des enfants au CHR de la ville de Diégo-Suarez et l’accompagnement des familles en difficulté.

Maison de Sagesse s’est également attachée à privilégier des activités ludiques inclusives avec les enfants des autres écoles primaires publiques dans le but de renforcer la sociabilité et l’intégration des enfants en situation de handicap.

 

Accompagnement des Parents / Actions de sensibilisation

 

Les inquiétudes et incompréhensions des parents sont grandes devant des enfants en situation de handicap. Un soutien est apporté à l’association de parents d’élèves en les faisant participer pleinement aux différentes activités afin de recréer du lien avec leur enfant. Plusieurs réunions d’informations en présence du Président de l’Association des Personnes Handicapés de Diégo-Suarez (A.M.I.S.) ou du représentant de l’Éducation Nationale ont été organisées pour expliquer que le handicap n’était pas une maladie transmissible, en effet, certains parents d’enfants autistes refusaient de scolariser leur enfant avec un enfant handicapé physique.

Des actions de sensibilisation des parents et plus largement de la population locale sont toujours mises en place sous différentes formes : messages liés au handicap passés par l’intermédiaire des différents médias disponibles à Antsiranana (TV, Radio, Journaux) et lancement de campagnes d’inscriptions des enfants à l’école.

La situation sociale des enfants est, pour la plupart, très préoccupante.

Il s’agit, pour les enseignants accompagnés par Maison de Sagesse, de comprendre de manière exhaustive l’environnement de l’enfant et comment se déroule la vie au sein du foyer. Si la classe intégrée est un refuge, un havre où les enfants peuvent s’épanouir, la maison peut continuer à devenir un lieu d’exclusion, d’abandon ou de molestation. Malgré la délicatesse de ce type de cas, les enseignants sont encouragés à intervenir auprès des familles pour atténuer les mauvaises pratiques et inciter les parents à prendre au sérieux l’éducation de leurs enfants.

Il apparaît nécessaire de souligner que pour un noyau dur d’enfants, toujours présents, les parents sont assidus, attentifs, attentionnés et demandeurs de solutions.

Les enfants

Les situations des enfants sont variées.

L’exemple le plus marquant est celui de Jaia âgée de 17 ans et atteinte de retard mental. En plus de la mendicité dans l’avenue principale de Diégo- Suarez, sa mère lui aurait “trouvé un amant” lorsqu’elle était plus jeune. Aînée du foyer, il lui faut s’occuper des tâches ménagères et préparer les repas pour ses deux sœurs, sa mère étant marchande ambulante de 6h à 18h. Elle posait beaucoup de questions dont elle connaissait les réponses, ce qui montrait un besoin impérieux d’être rassurée en permanence. À son arrivée à l’EPP, Jaïa avait une irrépressible envie de manger et pouvait prendre jusqu’à 6 fois à manger. Elle souffrait aussi de somnolence à cause des tâches et de la mendicité (ou pire).

Un autre exemple est celui de Romina, 15 ans, dont les parents ont disparu. Habitant avec sa grand-mère qui travaille comme femme de ménage, elle reste seule toute la journée, et s’occupe en passant son temps notamment dans la rue (sans mendier à priori) ou à faire les tâches ménagères. Son handicap mental peut être considéré comme léger, mais l’absence d’une bonne prise en charge hors de l’école ne permet pas d’avancer aussi rapidement que ce que les professeurs souhaiteraient.

La scolarisation permet à ces enfants de stabiliser leurs habitudes et d’avoir d’autres référents tutélaires que la famille proche. Il est à noter que, parmi tous les élèves, une ouverture de la communication, un apprentissage des tâches les plus simples (comme la propreté, manger, boire) et une normalisation du comportement ont été observés après un an au sein des EPP.

Willy, 10 ans, autiste
Soafara, 13 ans, handicapée physique.
Miel, élève à l’EPP lazaret depuis déjà quatre ans handicapé physique.
Lydie à gauche, Bertho au centre, Goldani dit Gold au fond, Hanitra à droite.

L’équipe enseignante

Quatre professeurs ainsi qu’une stagiaire forment l’équipe pédagogique des classes intégrées.

Les deux EPP, Lazaret et avenue Pasteur, travaillent étroitement ensemble et une véritable cohésion anime les enseignants qui, par ailleurs, sont particulièrement impliqués au sein de la communauté des personnes en situation de handicap de Diégo- Suarez, voire de la Région Diana. Les professeurs cultivent au quotidien l’autonomisation des enfants, l’amélioration de leurs conditions d’existence et leurs apprentissages scolaires. En parallèle à leurs activités d’enseignement, ils participent de façon active à des projets dans des villages de brousse notamment (Sakaramy ou Anivorano). Ces projets comportent un enjeu certain pour l’évolution des ambitions de Maison de Sagesse à Diégo- Suarez, puisqu’elles visent à donner les moyens aux personnes aux situations de handicaps de développer des activités génératrices de revenus.

Pour une attention personnalisée, il s’agit de compter environ 8 enfants par professeur. Ils gèrent aujourd’hui une diversité de handicaps qui ne leur permet pas de prendre en charge un nombre plus important d’enfants : autisme, trisomie, handicap physique, handicap mental, cécité, surdité.

La formation des enseignants spécialisés est également particulièrement suivie et, dans le cadre d’une convention de partenariat signée avec l’association « Humanité & Inclusion » (anciennement Handicap International), des formations centrées sur l’accompagnement des personnes en situation de handicap et notamment dans le domaine de l’animation d’ateliers pour enfants et le développement d’outils pédagogiques pour diversifier les activités des enfants, ont pu être dispensées auprès de l’équipe enseignante.

En 2017, Maison de Sagesse a travaillé en collaboration avec une éducatrice spécialisée française qui, pendant 3 mois, a pu assurer une formation continue auprès des professeurs avec un cours théorique sur les différents handicaps et une mise en pratique avec les enfants.

Trois enseignants ont été envoyés à Antananarivo afin de suivre une formation sur l’autisme. Cette formation leur a permis de mieux appréhender cette forme d’intelligence différente souvent confondue avec des invalidités cognitives. Aucune expertise dans ce domaine n’est présente à Diégo-Suarez, il s’agit donc de faire de nos enseignants des référents. Après s’être chargé des personnes malvoyantes et aveugles, les classes intégrées continuent de rechercher une prise en compte des handicaps méconnus et négligés. Avec le nombre croissant d’enfants autistes au sein des classes, le choix d’avoir axé la priorité de formation des enseignants sur ce sujet était important.

Maison de Sagesse a été représentée par une enseignante du programme EPP qui pendant près de quinze jours à participer à la Journée Internationale de la Canne Blanche, afin de célébrer et sensibiliser les populations d’Antananarivo, d’Antsirabe et Tuléar. Ce fut l’occasion pour elle de bénéficier de formations sur les droits des personnes handicapés et la favorisation de l’accessibilité mais aussi de participer à des travaux de groupes, des échanges d’idées et des ateliers avec des acteurs venus de tout Madagascar.

Son séjour s’est ponctué de nombreuses sensibilisations au travers de carnavals, handisports, orientation yeux bandés, danse et poésie et ces contacts ont permis à Maison de Sagesse d’accueillir en 2019 un psychologue et des spécialistes de l’handisport.

Les activités extra-scolaires

La mise en place d’activités culturelles, ludiques, sportives demande d’intensifier et de diversifier les activités en partenariat avec les associations locales.

L’intégration extra-scolaire présente de multiples avantages :

– Les enfants handicapés sont confrontés à de nouveaux comportements et savoir-faire que le monde spécialisé ne permet pas,

– Les familles concilient les horaires de leur vie professionnelle et ceux de l’école tout en s’accordant du répit,

– Les enfants non handicapés développent un regard positif sur les personnes handicapées et déploient des valeurs de tolérance et de solidarité

– Les équipes des milieux d’accueil extra-scolaire accroissent leurs compétences professionnelles

Les élèves des classes intégrées lors d’une sortie dans un manège de la ville.
La journée Handi olympiades.

 

Journée des Écoles organisée par le Ministère de l’Éducation Nationale

Chaque année, le Ministère de inéducation Nationale organise une « Journée des Écoles ». À cette occasion, des activités et des rencontres entre les différentes écoles ont lieu à Antsiranana.

Fête Nationale de l’Indépendance

Pour la fête nationale d’indépendance, les associations défilent dans les rues et devant les autorités. Pour représenter l’association Maison de Sagesse, les enfants des EPP participent au défilé en présence de leurs professeurs.

Mois de l’enfance et journée handisport

À l’occasion du mois de l’enfance en juin, la Maison de Sagesse a décidé de lier deux des projets de Diégo-Suarez : celui de l’EPP ainsi que celui de la Mission pour l’Emploi (MPE). Cinq jeunes bénévoles adhérents de la MPE ont organisé avec les équipes enseignantes une journée handi-olympiades permettant aux enfants une journée de loisirs sportifs, tout en impliquant des jeunes de la ville afin de sensibiliser les populations sur l’accessibilité du sport aux personnes en situation de handicap.

 

Sorties en mer

Lorsque les conditions le permettent, les enfants profitent des bienfaits d’un bain de mer près du village de Ramena.

Bain de mer accompagné.
Miel, élève des classes intégrées lors d’une sortie à la mer.
Déjeuner musical à Ramena accueilli dans l’hôtel de bord de mer « Badamera Park » ; la propriétaire des lieux et les enfants.
Déjeuner musical à Ramena accueilli dans l’hôtel de bord de mer « Badamera Park » ; la propriétaire des lieux et les enfants.

L’art comme moyen d’expression

La Maison D’Arnaud, orphelinat de Diégo-Suarez a accueilli les enfants des 2 classes EPP où Maison de Sagesse a organisé une mini kermesse avec différents stands : un atelier maquillage, une course dans des sacs de pomme de terre, un stand chaise musicale, et enfin un atelier équilibre. Après le goûter, les enfants de la Maison d’Arnaud ainsi que ceux des classes intégrées ont réalisé 2 fresques en peinture. En souvenir de cette journée, la Maison d’Arnaud a pu garder une fresque, la seconde quant à elle est accrochée au mur de l’EPP Pasteur. Cette activité est importante pour modifier le regard que les enfants sans handicap peuvent parfois portés sur les enfants en situation de handicap qui se retrouvent trop souvent marginalisés et discriminés.

Les élèves des classes intégrées accompagnés des enfants de la Maison d’Arnaud avec les deux fresques.
Défilé du Festival Zegny’Zo : Goldani et Miel.
Gertino et Lydie.
Les enfants et artistes lors des ateliers.

Repas EPP

Un lundi sur deux, tous les enfants se réunissent à l’École Avenue Pasteur pour partager un repas qui est préparé par les enfants. Les achats des ingrédients sont réalisés au marché par les enfants accompagnés de leur professeur, ce qui est un excellent exercice de sociabilisation.

Le Festival Zegny’Zo de Diégo-Suarez est organisé tous les deux ans et fédère toute la ville autour des arts du spectacle, dans les rues et dans des endroits comme le Jardin Tropical qui nous a ouvert ses portes afin que les enfants puissent contribuer à la création des artistes invités pour l’occasion, voir les crocodiles du parc et s’immerger au milieu des arbres.

Visite du Jardin Tropical.
Visite du Jardin Tropical.

Les classes intégrées ont eu l’occasion d’accueillir une compagnie d’artistes suisses et malgaches en tournée à Madagascar qui ont mis en place des ateliers artistiques spécifiques pour l’initiation des enfants en situation de handicap à la musique, la danse, le théâtre.

Des face à face ont d’abord été effectués, puis des scènes de danses et de chants collectives ont eu lieux.

Certains enfants autistes, qui sont de nature réservés et solitaires ont pu participer à ces exercices et développé d’autres formes de communication.

Le cultur’bus1 de l’alliance Française de Diégo-Suarez vient régulièrement dans les 2 salles de classe pour des projection de films, des lectures de contes, des ateliers peinture, des activités de motricité. À travers ce partenariat l’idée est de permettre aux enfants la découverte de nouvelles activités basées sur la culture.

Bus culturel

Les enfants et artistes lors des ateliers.

Perspectives

Les actions de développement du programme EPP sont nombreuses, nous vous invitons à les découvrir en détail dans la rubrique projets.

 

 

 

Chargée de mission : Monique Fresquet